Mais en fin, qu’est-ce qui se passe au Brésil ?

J’écris ce texte après m’être aperçu qu’il est impossible de faire confiance aux informations des grands canaux de communication. Ce qui est décrit ci-dessous sont mes impressions d’après 30 années vécues au Brésil, et surtout des centaines de commentaires lus récemment dans Facebook. J’espère tracer un portrait plus intime, même qu’incomplet, de la situation. Et qu’il sera plus proche de la vérité.

C’est la guerre. Non, pas une guerre avec des chars et des forces armées bien identifiées. C’est la guerre d’un peuple contre lui même. Non, celle-là n’est pas non plus une guerre civile. Il faudrait que chaque un sache exactement de quelle côté il est pour qu’elle en soit une, et ce n’est pas le cas.

Compliqué ? Tout est compliqué dans ce pays. Et tout y est énorme. Un petit abus de 7 centimes d’euro sur le ticket de bus peut faire sortir un million de révoltés dans les rues de São Paulo.

Le Brésil n’a jamais vu une vraie révolution. Après plusieurs siècles d’exploitation agricole et minérale (ce qui a couté la vie de millions d’indigènes), l’empereur de Portugal fuit Napoleon en y emménageant toute sa cour. Quelque temps plus tard, son héritier déclara que le pays est indépendant de Portugal (vous avez compris, il est resté au trône). Ça a bougé un peu depuis, quand même : nous avons eu quelques coups d’état, des militaires qui quittaient et qui revenaient au pouvoir, même quelques élections de temps en temps, mais à chaque fois c’était l’intérêt des grands propriétaires de terres, cultivateurs de café, fermiers, plus récemment des industriels et même des États Unis d’Amérique qui a mené les changements.

Drapeau des États Unis du Brésil, le premier drapeau de la République. Il est resté officiel pendant 4 jours. (1889)

En 1984, après 20 ans de dictature, les militaires quittèrent pour la dernière fois le pouvoir. Mais là encore, pas de jugements, pas de têtes qui roulent, tout simplement leur départ avec des garanties de non-persécution de la part du gouvernement civil. Mais un pays si grand ne peut pas être géré sans une énorme machinerie exécutive, politique, juridique et militaire. Et cette machinerie n’a pas vraiment été changé après le départ des militaires. Tout le système médiatique du pays est née et a grandi dans des dictatures. La super puissante Rede Globo est née un an après le coup d’état de 1964. Jusqu’aux années 1990, c’était la seule chaîne de télévision à être transmise dans des zones de plus éloignées des grands centres urbains. La Globo a une façon très particulière « d’informer » : elle ne mentionne jamais les autres chaines de télévision, fait beaucoup d’auto-promotion et n’hésite pas a inventer des mensonges (voici un petit exemple, mais en Portugais) pour garder le peuple brésilien dans une grande illusion de ce qui sont le Brésil et le reste du monde. Cela dit, il est compréhensible que même les gouvernements élus démocratiquement étaient de droite jusqu’à l’élection du symbolique président Lula (2002). Celui-ci a été obligé de faire des alliances jusqu’à alors inimaginables pour arriver et se maintenir au pouvoir. De même pour son héritière Dilma Rousseff, une ex-guerrillera qui arrive par fois à faire adopter quelques idées de gauche, mais qui, n’étant pas si douée que Lula pour convaincre le peuple et ses adversaires, déçoit beaucoup de brésiliens.

La constatation est de que la vraie gauche, ainsi que le vrai journalisme, ont tous les deux été éliminés du pays pendant les nombreuses dictatures. Si les rues sont pleines aujourd’hui, c’est parce que les millions d’étudiants et travailleurs se sont finalement rendus compte de que le pays produit assez de richesses pour leur donner ce que les pays développés donnent à leurs habitants – santé, éducation, sécurité, bref, ce genre de choses – et que même trois mandats consécutifs « de gauche » n’ont pas réussi à améliorer la situation des services publiques.

Mais, sans orientation, les révoltés d’aujourd’hui ont beaucoup du mal à faire entendre leur voix. Dans les manifestations on se plaint de tout, de la violence de la police, du manque de démarcation de terres pour les indigènes, et même de la maltraitance d’animaux. Les partis politiques sont chassés des manifestations. Je vous avez prévenus: c’est compliqué.

Les médias internationaux parlent de « crise de croissance ». C’est un peu ça, au fait. Mais ce qui provoque cette crise d’esprits n’est pas la croissance économique, c’est l’évolution autant que peuple. On grandit psychologiquement aussi et on ne veut plus être traités comme des enfants. L’Internet nous a aidé à percer un petit trou à travers du mur et maintenant nous voulons  vivre en vrai.

Du film “The Truman Show” (Peter Weir)

Du moins jusqu’à la coupe du monde de 2014.

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